La voix des Porte-Peste, 1382

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 Les révoltes populaires

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Gérault d'Armagnac
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MessageSujet: Les révoltes populaires   Lun 10 Sep - 16:54

"
En 1970, Michel Mollat et Philippe Wolff expliquaient ainsi
le contexte dans lequel éclatèrent de nombreuses révoltes populaires au début
des années 1380 : « Les
circonstances qui engendrent l’agitation à Paris et dans plusieurs villes du
royaume étaient liées au changement de règne. Un phénomène naturel de détente
dû au passage d’un gouvernement fort à une minorité
»[10], et
ils résumaient fort justement la situation politique et sociale de l’époque en
ces termes : « Ainsi, dès les
premiers mois du règne de Charles VI, toutes les formes d’agitations et de
troubles que devait connaître ce règne malheureux s’étaient manifestées. Le
mouvement ne fit que s’amplifier et l’on constate que d’un bout à l’autre du
royaume les nuages s’amoncelaient
»[11].
Par ailleurs, au début du mois d’octobre 1380, certaines villes commencèrent à
refuser le paiement de l’impôt, notamment parce qu’une rumeur prétendait que le
défunt roi Charles V avait inclus dans ses dernières volontés la suppression
des aides, opposant ainsi cette contrainte aux velléités de son successeur.
C’est dans ce contexte que survint la révolte des Maillets.
[/color]





(1)
Les révoltes
urbaines contemporaines de celle des Maillets






Comme le démontrent les travaux de Léon Mirot, un grand
nombre de révoltes populaires prirent place dans diverses villes à partir de
1382, et touchèrent essentiellement les classes moyennes et les plus pauvres.
L’une des plus connues est la révolte de la Harelle, qui se produisit le 24
février 1382 à Rouen, mais on trouve aussi traces de soulèvements dans beaucoup
d’autres cités normandes, comme Caen et Falaise, durant la première moitié du
mois de mars de la même année, ainsi que dans des villes d’autres régions
telles que le Vermandois, la Champagne ou la Picardie. Si ces mouvements de
colère s’inspirèrent de la révolte de la Harelle et de celle des Maillets, il
semble que la raison directe ait été la publication de l’ordonnance relative à
la levée des aides décidée le 15 janvier 1382 : le document stipulait en
effet que la perception de l’impôt commencerait le 1er mars. À ce
jour, les recherches approfondies sur le déroulement des événements dans chaque
ville sont encore insuffisantes, mais on sait par exemple que, à Reims, le
recouvrement des aides se heurta à un refus et que les habitants tinrent des
assemblées ; on rapporte aussi que les gens d’Amiens se réunirent devant
l’hôtel de ville et même que, dans les clameurs de la foule, on entendit ces
mots : « Vive Gand, vive Paris,
no’ mere !
»[12]
. L’influence des troubles survenus à Paris ne fait ici aucun doute, mais cette
mention indique que, dans le même temps, les émeutiers avaient aussi à l’esprit
la révolte de Gand.



La révolte de Gand dont il est ici question désigne les opérations
initiées et dirigées par Philippe van Artevelde, avec l’autorité que lui
conférait son titre de premier capitaine de la commune de Gand : ces actions
visaient à réaliser une union sacrée « républicaine » pour lutter
contre l’intervention militaire du comte de Flandre[13].
Ce mouvement « révolutionnaire » faisait preuve d’une vigueur telle
qu’il menaçait déjà de s’étendre à Ypres ou à Bruxelles, mais il faut aussi
signaler que certains des habitants d’Amiens y voyaient un encouragement à
poursuivre leur démarche. L’ordonnance royale du 27 janvier 1383 mentionne
clairement que « plusieurs autres bonnes Villes de nostre Royaume y ont
prins mauvais exemple »[14].






(2)
Le
développement de la révolte des Maillets et les villes alentours






Dans la quasi-totalité des cas, les révoltes urbaines de
cette période furent marquées par des conflits à l’intérieur même des villes
concernées, et la révolte des Maillets ne fit pas exception. Comme le
démontrent les recherches menées par Léon Mirot, les réactions face à
l’insurrection différaient surtout en fonction du statut de chacun : au
sein l’organisation administrative du royaume, les avocats du parlement, les riches
détenteurs des privilèges liés au recouvrement de l’impôt, etc. ne lui
réservaient pas le même accueil que, selon le métier concerné, les ouvriers
dans l’incapacité de devenir maître artisan, les apprentis ou les domestiques.
Les troubles qui suivirent le 1er mars s’étant un peu calmés, des
négociations furent ouvertes le 13 avec des représentants du roi, grâce à la
médiation, entre autres, du maire et de l’université de Paris. Elles aboutirent
à un compromis en vertu duquel le gouvernement acceptait notamment un certain
nombre de concessions officielles. On dit cependant que, du côté des insurgés,
entre 15 et 20 personnes furent victimes de cet accord. Il est difficile de se
forger une opinion sur cette partie des événements et, même parmi les
chercheurs spécialistes des soulèvements populaires, les interprétations
divergent. Quoi qu’il en soit, ces discussions ne permirent pas d’apaiser la
révolte des Maillets.



Plus tard, des ouvriers du textile se réunirent secrètement
et se jurèrent mutuellement de poursuivre le mouvement de refus de paiement des
impôts. L’analyse des Lettres de Rémission a permis de savoir que ces
rassemblements étaient nombreux à l’église Saint-Sulpice et aux alentours, mais
du fait d’une trop forte affluence, le secret ne fut pas gardé très longtemps.
Cependant, la volonté de continuer la lutte étant toujours vive, les contestataires
prirent contact avec la ville de Gand et allèrent jusqu’à concevoir un plan
pour attaquer le convoi de l’armée royale, à l’occasion de l’intervention
militaire du roi de France en Flandre[15].
Ainsi, et il me semble important d’insister sur ces points, non seulement les
insurgés parisiens connaissaient parfaitement l’existence de Philippe van
Artevelde à Gand et s’en inspiraient dans leurs actions, mais ils faisaient
montre d’un esprit de solidarité à l’égard du mouvement amorcé dans cette
ville, et les faits montrent que, de part et d’autre, les émeutiers étaient
informés de ce projet destiné à empêcher l’intervention de l’armée royale en
Flandre.



[color=white]Sans doute parce qu’il était conscient de cette évolution, le
gouvernement royal, Charles VI en tête, jugea qu’il lui serait impossible de
mettre fin à la révolte des Maillets de Paris et aux diverses émeutes qui
affectaient les villes du royaume sans parvenir à réprimer les dérives
révolutionnaires flamandes, en particulier à Gand. C’est pourquoi il décida, en
août 1382, de répondre favorablement à l’appel à l’aide du comte de Flandre et
d’entreprendre des expéditions militaires dans toutes les villes flamandes. Ce
fut un succès puisque, après la bataille de Roosebecke, remportée par l’armée
royale, l’agitation fut maîtrisée dans les différentes cités où elle avait fait
rage. Ensuite, le roi et son gouvernement, rentrés pleins de confiance au
palais royal, au cœur de Paris, le 1er novembre 1383, purent se
consacrer à la répression de la révolte des Maillets. Il est indéniable que,
dans leur analyse des faits, les responsables militaires du gouvernement
avaient alors perçu avec justesse et clairvoyance deux éléments essentiels :
d’une part les craintes suscitées par la dureté des émeutes en réaction à la
levée des aides, qui avaient éclaté dans les diverses villes du royaume, comme
Paris ou Rouen, vers 1382 et dont le caractère extrémiste avait été renforcé
par l’entente entre les divers mouvements concernés, et d’autre part le soutien
moral que représentait pour les insurgés du royaume de France l’existence de
mouvements révolutionnaires chez les habitants des cités flamandes, au premier
rang desquels se tenait Philippe van Artevelde. Autrement dit, les actions
entreprises par le pouvoir en place permettent également de deviner les
circonstances de survenue des révoltes urbaines à ce stade de leur évolution,
sur une portion de territoire assez large, ainsi que la signification importante
de la notion de réseau en ce qui concerne ces mouvements."

Texte intégral : http://mahan.wonkwang.ac.kr/medsociety/symposium/networks/06.htm
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